Glenn Hoddle, l’étoile de Tottenham

Du talent, beaucoup vous diront que Glenn Hoddle en avait à revendre. D’autres vous diront qu’il s’est trop attardé dans un championnat anglais alors inadapté à ses qualités. Tous s’accorderont toutefois sur le fait qu’il a été l’un des dignes représentants du Beautiful Game. Retour sur la carrière d’un artiste en avance sur son temps, figure emblématique du Tottenham des années 70 et 80.

Premiers pas dans le football

« Il était exceptionnel, vraiment exceptionnel. On ne rencontre pas souvent des joueurs aussi talentueux ». Commencer par une citation d’Arsène Wenger, coach historique des rivaux éternels d’Arsenal, afin de caractériser une idole de Tottenham peut sembler malvenu. Mais ces paroles prennent tout leur sens lorsque l’on rappelle que l’Alsacien était l’entraîneur de Glenn Hoddle lors de sa brève aventure monégasque. Ambidextre, doté d’une vision de jeu supérieure à la moyenne et très adroit face au but, Glenn Hoddle avait sans aucun doute la panoplie complète du meneur de jeu moderne.

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Natif de Hayes, une petite banlieue à l’ouest de Londres, sa famille déménage très tôt à Harlow, dans l’Essex. Là, au milieu des logements sociaux et des usines, le jeune Glenn passe ses journées à taper dans un ballon. « J’étais obsédé par le football. Je crois qu’il m’a choisi. Je n’avais aucun intérêt pour l’école ou pour quoi que ce soit d’autre ». Son aisance balle au pied l’amène naturellement à se mesurer à plus âgé que lui. Beaucoup plus âgé même, puisqu’il prend part à des rencontres avec l’équipe amateur de son père, Derek Hoddle, alors qu’il n’était encore qu’adolescent.

Mais son talent saute surtout aux yeux de Martin Chivers, l’attaquant légendaire des Spurs (174 buts en 367 matchs), et idole de jeunesse de Glenn. Invité à remettre les prix d’une compétition scolaire en compagnie de Ray Evans, il remarque instantanément le potentiel du meneur de jeu qui n’a que 11 ans. « Il faisait tout sur le terrain. C’était un régal de le voir jouer ». Immédiatement, Chivers insiste auprès des scouts de Tottenham pour qu’ils le recrutent et il obtiendra gain de cause, puisque Glenn rejoindra le club de son cœur en tant que junior avant de se voir offrir un contrat d’apprenti en 1974.

Entre éclosion et désillusion

Après une première apparition en tant que remplaçant face à Norwich City, le 30 août 1975, Hoddle glanera sa première titularisation six mois plus tard face à Stoke City, au mythique Victoria Ground. Ce match sera l’occasion d’inscrire le premier des 110 buts qu’il offrira aux supporters des Spurs. Sur un ballon mal dégagé par la défense des Potteries, Hoddle déclenche une lourde frappe du pied gauche à l’entrée de la surface qui ne laisse aucune chance à Peter Shilton, le gardien emblématique de la sélection anglaise de l’époque.

Il prend ses marques la saison suivante, au sein du Tottenham en pleine reconstruction de Keith Burkinshaw, l’entraîneur arrivé à la tête du club en 1976. Dans une Angleterre rigide et enfermée dans une conception rugueuse du football, Glenn Hoddle fait presque figure d’extraterrestre avec son jeu de passe léché et sa conduite de balle adroite. « C’était très difficile pour un joueur créatif de jouer à mon époque », confessera-t-il. « Le ballon passait la plupart du temps dans les airs et on pouvait te tacler trois ou quatre fois sans prendre de carton. C’était comme nager à contre-courant ».

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Nager à contre-courant, Hoddle en aura vraiment l’impression ce 7 mars 1977, au coup de sifflet final d’un match où Tottenham s’incline 5-0 face à Manchester City. Une défaite cuisante, qui actera la relégation du club en deuxième division après 27 ans au plus haut niveau, au terme d’une saison catastrophique qui aura vu les Nord-Londoniens finir bon derniers avec 72 buts encaissés. Une expérience difficile pour Hoddle, qui a tout juste 19 ans. « J’étais en larmes dans le vestiaire. C’était mon club de cœur, et savoir que j’ai contribué à le reléguer en deuxième division… Ca m’a fendu le cœur ».

Connexion Anglo-Latine

Heureusement pour l’enfant de Hayes, le retour en première division ne se fait pas attendre. Tottenham finit troisième de Divsion Two à l’issue de la saison 1976/77 – à seulement un point du leader Bolton Wanderers – et retrouve instantanément la première division seulement un an après l’avoir quittée. Avec 10 buts inscrits, Glenn Hoddle est du haut de ses 20 ans un des artisans majeurs de cette remontée éclair, avec le défenseur Steve Perryman et l’attaquant écossais John Duncan, auteur de 16 buts. La saison suivante, la direction frappe un gros coup en signant Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa, tout juste sacrés champions du monde avec l’Argentine, pour un montant de 700.000 livres.

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En plus d’apporter une touche technique non négligeable à une équipe qui en manque cruellement, leur entente est quasiment immédiate avec Hoddle. « Honnêtement, avec Ricky, nous n’étions pas très emballés par la qualité de l’équipe au début » avouera Ardiles. « Mais nous étions très heureux d’avoir trouvé quelqu’un qui parle le même langage que nous sur le terrain : Glenn Hoddle ». Avec les deux pensionnaires de l’Albiceleste, il constituera dès lors un trio très complémentaire sur le terrain, alliant élégance, générosité et vivacité.

Glenn Hoddle, pièce maitresse des Spurs

La montée en puissance d’Hoddle va s’accompagner de celle de Tottenham. L’équipe de Keith Burkinshaw parvient petit à petit à redécouvrir le push and run qui fut la marque de fabrique du Tottenham « tout-pour-l’attaque » d’Arthur Rowe. Dans ce style de jeu, le profil de Hoddle, longtemps considéré comme un luxe, devient essentiel de par ses capacités de passe et d’orientation. Le meneur de jeu explose réellement lors de la saison 1979/80, à l’issue de laquelle reçoit le titre de « Meilleur Jeune Joueur de la saison ». Parmi ses 17 buts inscrits, il est difficile de passer outre ses deux reprises de volée face à Nottingham Forest et Manchester United.

Libéré des taches défensives par Ardiles, Hoddle peut plus facilement exprimer sa vision de jeu et sa qualité de frappe comme lors de ce quart de finale de FA Cup face à Chelsea en 1982, où il est impliqué sur les trois buts de son équipe. La saison 1981/82 voit d’ailleurs Hoddle et ses coéquipiers prendre une revanche sur le destin, en s’adjugeant le trophée face à Manchester City, qui les avaient condamnés à la relégation.

La performance d’Hoddle, éclipsée par l’exploit individuel de Villa, ne passe pas inaperçue. « Tout le monde se rappelle du but de Ricky Villa, mais Glenn était de loin notre meilleur joueur lors de cette finale ». Hoddle aura d’autres occasions d’être sous le feu des projecteurs, comme lors de cette victoire face à Watford où il marque probablement son meilleur but avec Tottenham, une somptueuse louche qui trompte le gardien des Hornets.

Parfois malmené sur les pelouses anglaises, les soirées européennes seront l’occasion pour Hoddle d’exprimer son talent. Son match de référence avec Tottenham arrivera d’ailleurs en demi-finale de la Coupe UEFA face au Feyenoord Rotterdam de Ruud Gullit et de… Johan Cruyff. Réputé pour son franc-parler, le « Hollandais Volant » n’hésitera pas à titiller Tottenham et son meneur de jeu avant la rencontre. Il n’en fallait pas plus à Hoddle, qui répondra par un récital sur le terrain. Enfilant son costume de chef d’orchestre, le numéro dix est impliqué sur les quatre buts inscrits par son équipe en route pour le sacre final. Un match qui lui vaudra les félicitations et le maillot de la légende hollandaise.

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Nul n’est prophète en son pays

Après avoir atteint des sommets, Hoddle est par la suite pénalisé par plusieurs blessures qui limitent son temps de jeu. Désireux d’évoluer dans un championnat plus adapté à ses qualités, il décide de rejoindre l’AS Monaco d’Arsène Wenger en 1987. Mais avant de partir, l’enfant de Hayes laissera un dernier souvenir aux supporters des Spurs, lors de son dernier match à White Hart Lane. Récupérant le ballon au rond central, il enrhume la défense d’Oxford United sur un grand pont avant de feinter le gardien et de mettre le ballon au fond des filets. Tout en finesse.

Une finesse qui sera particulièrement appréciée à Monaco, puisqu’il il est désigné « Meilleur Joueur étranger » (devant un certain Georges Weah) à l’issue d’une saison qui voit l’équipe du Rocher remporter le championnat. Un succès qui sonne comme une revanche sur un public anglais qui ne l’a jamais vraiment reconnu à sa juste valeur. Trop fragile pour certains, un luxe pour d’autres, le meneur de jeu anglais n’aura jamais pu briller en sélection. Qu’aurait-il pu advenir d’Hoddle s’il était né dans un autre pays ? Platini en est convaincu, il aurait atteint les 150 sélections s’il avait été français.

De son passage en Angleterre, il restera néanmoins une myriade de buts et d’actions qui marqueront à jamais les supporters de Tottenham, peut-être même plus que les quelques trophées qu’il a remportés. Il restera l’étoile qui a fait basculer tout un club des ténèbres vers la lumière.

Sources :

  • https://www.theguardian.com/sport/2003/oct/05/newsstory.tottenhamhotspur
  • https://www.youtube.com/watch?v=Cg3R0iDRZ-4
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Glenn_Hoddle

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