L’étrange cas Giovani Lo Celso

Arrivé en provenance du Betis dans les derniers instants du mercato d’été sous forme de prêt avec option d’achat, Giovani Lo Celso peine pour l’instant à confirmer les attentes placées en lui. Entre blessures, forme physique insuffisante, changement d’entraineur, l’Argentin vit une adaptation difficile au championnat anglais, au point de rendre l’option d’achat assortie à son prêt de plus en plus hypothétique. Et si l’aventure londonienne tournait plus court que prévu ?

Premiers pas au PSG et explosion au Betis

Après une formation en Argentine qui l’aura mené jusqu’à son club de coeur de Rosario Central, Lo Celso signe au PSG le 26 Juillet 2016 avant de retourner en prêt pour 6 mois chez Los Canalles« C’est un joueur très technique, un milieu de terrain assez longiligne et d’une technicité très bonne » affirme Laurent Blanc alors que Lo Celso n’a pas encore été officialisé. Après presque deux années où il aura pu montrer l’étendue de son potentiel au poste de milieu relayeur mais aussi ses limites lorsqu’il est déployé plus bas sur le terrain (comme lors de ce huitième de finale aller face au Real Madrid en 2017/2018 qui le voit sombrer avec son équipe), il est à nouveau contraint de partir. N’entrant pas dans les plans de Thomas Tuchel, Lo Celso s’en va en prêt avec option d’achat du côté du Real Betis. L’occasion pour lui de découvrir un championnat bien plus adapté à ses qualités.

Sous les ordres de Quique Setien, Giovani fait une saison pleine où il évoluera le plus souvent au poste de milieu offensif axial. Retrouvant son poste de prédilection, Giovani s’épanouit dans le 3-4-3 de Quique Setien qui lui laisse beaucoup de liberté sur le terrain, ce qui lui vaut d’être élu « Meilleure recrue estivale » par le quotidien madrilène Marca à la mi-saison. Capable de redescendre pour participer à la construction, de se projeter avec le ballon ou de combiner dans des petits espaces, Lo Celso se montre particulièrement décisif pour une équipe pétrie de talents (Canales, Joaquin ou William Carvalho pour ne citer qu’eux) mais qui marque relativement peu. Lo Celso fera parler ses talents de finisseur notamment face au Barca (victoire 4-3) ou le Milan AC en Europa League (victoire 2-1).

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Giovani Lo Celso célébrant un but sous le maillot du Betis

Au Camp Nou, il se révèle précieux par ses qualités de projection, dans un match où le Betis imposera un pressing haut et essayera d’attaquer rapidement via les ailes à la récupération du ballon. Une tactique qui fonctionne, puisque les Verdiblancos l’emporte 4-3 avec un but et une passe décisive de Lo Celso, qui est aussi responsable du deuxième jaune de Rakitic. Il délivre une autre partition complète face au Milan AC à San Siro, en phase de poules de l’Europa League, qu’il signe d’une passe décisive et d’un but somptueux. Une prestation qui lui vaut les éloges conjoints de la presse ibérique et italienne. « Un show. Rend luxueux tous les ballons. L’éloge de la beauté » clame le réputé critique « Gazetta dello Sport » qui lui accorde la note de 7,5/10. Son très bon exercice (16 buts et 6 passes décisives en 46 apparitions) finit par lui ouvrir les portes de l’Albiceleste, avec qui il prend part à la Copa America au Brésil, et le met dans le viseur de son compatriote Mauricio Pochettino.

Débuts compliqués à Tottenham pour Giovani Lo Celso

Le coach argentin est séduit par le jeune meneur de jeu. Ciblé dès la fin de saison, il est perçu comme un élément capable d’apporter un profil supplémentaire et de rajeunir un effectif vieillissant. S’il est moins à l’aise que Christian Eriksen lorsqu’il s’agit de dicter le rythme ou de créer des occasions, Giovani se révèle bien plus efficace dans les combinaisons, la conservation du ballon et les dribbles (2 dribbles par match en moyenne contre 0,5 pour Eriksen).

Comparaison statistiques entre Giovani Lo Celso et Christian Eriksen
Comparaison des statistiques de Lo Celso et Eriksen sur la saison 2018/2019 (source : Understat.com)

Avec le recrutement de Tanguy Ndombele, Pochettino pensait avoir réalisé la double affaire du mercato qui allait donner une nouvelle dimension au milieu des Spurs peu renouvelé depuis plusieurs saisons et bientôt orphelin de son meneur de jeu Danois. Après un été de tractations entre Tottenham et le Bétis, « Gio » arrive à Londres le 8 aout sous forme de prêt payant de 16M€ avec une option d’achat à 32M€ si elle est activée en Janvier ou 40M€ si elle est levée en été, ce qui sera obligatoire si le club se qualifie pour la prochaine Ligue des Champions.

Mais dès son arrivée, les problèmes s’accumulent. « Lo Celso est dans une situation qui n’est pas facile. Il avait des vacances étendues après la Copa America. Il n’a pas eu de présaison ni de véritable entrainement avant de signer avec nous » affirme Pochettino suite à son arrivée. Et ça ne pardonne pas : le 5 septembre, il se blesse à l’aine lors d’un match opposant l’Argentine au Chili et est éloigné des terrains pour 2 mois. A son retour de blessure, il retrouve une équipe en pleine crise et un coach sous pression, ce qui rend son acclimatation encore plus difficile. 

Si l’on a cru un instant que sa saison était lancée après ses titularisations consécutives lors des deux derniers matchs de Pochettino à Tottenham (où il aura été l’un des seuls à surnager) l’arrivée de Mourinho change complètement la donne. Ne le voyant pas comme un milieu relayeur, Lo Celso ne joue que 7 minutes lors des six premiers matchs du Spécial One en championnat. Barré par un Dele Alli ressuscité et un Lucas dont Mourinho admire les efforts défensifs sur un côté droit sujet aux prestations erratiques de Serge Aurier, sa première titularisation au Bayern Munich ne jouera pas non plus en sa faveur. En manque de rythme et de confiance, l’argentin ne peut empêcher des Spurs très remaniés de sombrer à l’Allianz Arena.

Giovani Lo Celso en discussion avec José Mourinho
Lo Celso lors du match contre le Bayern Munich à l’Allianz Arena (défaite 3-1)

« Bien sur cela fait quelques années que Giovani est en Europe, mais le football en Angleterre est totalement différent de ce qu’il a pu voir en Ligue 1 ou en Espagne. Vous avez vu que même avec Mauricio Pochettino, son compatriote avec qui il lui était facile de communiquer, il n’a pas explosé immédiatement. Nous savons à quel point c’est un bon joueur, laissons lui le temps de s’adapter et il sera un joueur important pour nous. »

José Mourinho avant le match face à Burnley

Un avenir incertain

Cette situation a jeté un doute sur le futur de Lo Celso, et l’option d’achat assortie à son prêt est de plus en plus remise en question. A t’il le potentiel pour s’imposer à Tottenham et surtout, est il capable de s’adapter au jeu direct de Mourinho? Il est judicieux de rappeler que le joueur avait mis du temps à trouver sa place dans l’effectif pléthorique du Paris-Saint-Germain. Revenu à Paris lors du mercato hivernal, il ne fait sa première apparition que le 5 Avril 2017 en Coupe de France, avant de véritablement s’imposer la saison suivante.

Par ailleurs, la versatilité a toujours été l’un des points forts de l’argentin. Si son poste de prédilection se trouve juste derrière l’attaquant, il est capable d’évoluer à tous les postes du milieu de terrain, notamment en meneur de jeu excentré sur le côté droit. Titularisé à ce poste là face à Norwich puis Brighton, l’argentin n’est toutefois pas parvenu à tirer son épingle du jeu dans une équipe très peu inspirée. S’il est capable de retrouver l’intensité et la palette technique qu’il avait au Betis, il est tout à fait capable de remettre en cause le place de titulaire de Lucas Moura sur le flanc droit. D’autant plus que c’est un poste où il a déjà évolué et où il est capable de faire parler ses qualités de dribble et sa créativité. Mourinho n’hésite d’ailleurs pas à décaler son meneur de jeu sur un coté, comme il le faisait souvent avec Mesut Özil au Real Madrid. Avec le probable départ d’Eriksen, l’équipe sera orpheline d’un créateur et l’association Lo Celso-Alli est capable d’offrir un bon compromis à cette perte.

Rien n’empêche aussi de le voir aligné dans un milieu à 3 avec un milieu défensif et un milieu relayeur comme Ndombele à ses côtés, lorsqu’il faudra faire souffler Dele Alli. Une disposition qu’il connait bien depuis son passage au Paris-Saint Germain et dans laquelle il pourrait évoluer s’il peut améliorer son endurance et s’adapter à l’aggressivité de la Premier League. Bref, autant de possibilités qui s’offrent à un joueur qui doit retrouver la confiance en son jeu, avant de conquérir la confiance du coach. 

Une première indication sur l’avenir de Lo Celso ne saurait tarder, puisque le club a la possibilité de lever son option d’achat dès cet hiver.

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